L'histoire de Pedro, une philosophie Yogique
- Anyes
- il y a 5 jours
- 5 min de lecture
D'après Confucius, «choisis un travail que tu aimes, et tu n'auras pas à travailler un seul jour dans ta vie».
Cher Confucius, je proteste vivement: choisir un travail qu'on aime incite à travailler tous les jours tellement il est difficile de s'en détacher! Et d'ailleurs, cela faisait des annéeS (avec un grand S, il y en a beaucoup!) que je n'avais pas pris de vraies vacances, loin de mon quotidien...
A vrai dire, je crois que mon voyage intérieur a été tellement chamboulant ces dernières années avec mon départ de l'Education Nationale et mon installation comme professeur de Yoga que je n'ai pas ressenti réellement le besoin de voyager 😅.
Mais je me suis forcée (ça parait lunaire mais oui, je me suis forcée!) à faire une coupure en partant faire du Yoga et du Surf à Imsouane au Maroc!
Et il y a des endroits qui nous marquent profondément et créent des déclics... C'est le cas d'Imsouane!
Dans ce post, je comptais vous raconter les 3 leçons que j'ai ramené de ce voyage.
Puis finalement, j'ai décidé de plutôt vous raconter une histoire.... mais qui renferme toutes les leçons du monde (c'est un peu ambitieux comme trailer peut-être 😅).
📣 A présent embarquons sur notre vol Ryanair pour Agadir...
Un vol sans encombre... Si on oublie la réservation des billets qui demande un bac+8 en zénitude tellement Bryan (c'est comme ça que j'appelle le boss de Ryanair) pollue sa page de réservation avec 102 propositions de bagagerie, de réservation auto/moto/chamo, de commande de sandwichs triangle/ rectangle/ parallélépipédiques...📣
L'histoire de Pedro (qui ne s'appelait pas Pedro d'ailleurs...)
⚪Je prends ma plus belle plume pour vous conter l'histoire qui m'a marquée
Pendant notre temps libre, entre les cours de surf et de Yoga, mon homme et moi avions établi notre QG dans un petit café nommé Isli Slab, dominant l'océan.
Les vagues étaient souvent suffisamment grosses pour faire de beaux rouleaux (ce n'est d'ailleurs pas au niveau de ce spot que nous surfions... On ne m'appelle pas la surfeuse des lacs pour rien 😅). Une partie de la zone était réservée aux surfeurs chevronnés et une autre à la baignade.
En pratique, personne ne se baignait dans la zone délimitée pour les baigneurs, zone ressemblant plus à une machine à laver qu'à une étendue d'eau baignable.
Personne sauf... Pedro!
Pedro qui s'appelle en réalité Medhi mais je ne l'ai appris que plus tard. Donc nous l’appellerons tout de même Pedro, inspiré de la tempête du même nom qui sévissait en France à ce moment-là...
Pedro faisait du Bodysurf: il surfait donc sur son ventre avec pour toute aide extérieure une palette à la main droite. Cette petite palette, de la surface approximative de la main de Michael Jordan, tenait grâce à une sangle entourant le dos de sa main. Elle lui permettait de s'appuyer sur l'eau afin de mieux glisser et de se diriger (je crois, je n'ai pas utilisé personnellement cet ingénieux dispositif).
Nous voilà admirant Pedro, gracieux comme une petite loutre joyeuse, en nous disant qu'il devait être bon nageur... et surtout qu'il devait aimer être brassé par les vagues, ce qui n'est pas une qualité commune à tous les êtres humains de cette planète (du moins pas à la plupart).
Et là... le drame!
🥁🥁🥁🥁🥁🥁
Pedro perd sa palette...
Le voilà agitant les bras d'un air peiné.
Je vois une chose ressemblant potentiellement à une palette en perdition puis elle disparait sous l'assaut incessant des vagues (notez l'allitération, je fais des efforts pour maintenir le suspens...).
Heureusement, un des amis de Pedro perché en haut de la petite falaise surplombant l'océan descend et aide Pedro à retrouver sa précieuse palette...
Me voilà rassurée, je peux terminer mon Msemen à l'Amlou sereinement (quiconque a déjà gouté cette sorte de petite crêpe sait à quel point il aurait été dommage que mon appétit soit coupé...).
Mon histoire reprend deux jours plus tard...
Même endroit, mêmes protagonistes!
Pedro virevolte dans les vagues comme un petit bouchon de liège chahuté par l'océan...
Et là, re-drame!
Pedro perd sa palette. Le voilà agitant les bras d'un air peiné. (J'ai fait un copié-collé, la scène est étonnamment identique!).
Cette fois ci, ce sont les touristes assis dans le café à gauche du notre qui aident Pedro à retrouver sa précieuse palette...
Pour ceux qui penserait à une improbable coïncidence ou à une hallucination de ma part (une overdose de Msemen peut-être?), j'ai eu confirmation plus tard dans la journée que Pedro-Medhi perdait en effet plus que régulièrement sa palette.

Je vous présente les dromadaires qui débroussaillaient en bas du Ryad. C'est apaisant les dromadaires.
Mais revenons-en à Pedro et surtout à la morale de l'histoire, elle aussi apaisante!
⚪ La morale de l'histoire
Peut-être certains d'entre vous se sont dit qu'il suffirait à Pedro de rajouter un petit leash (comme un petit cordon) pour attacher la palette au poignet. Exactement comme en surf où un leash relie la planche à la cheville et c'est fort heureux pour plusieurs raisons évidentes.
C'est exactement la réflexion que nous nous sommes faites... Pedro pourrait quand même optimiser son outil! Pourquoi ne pas l'améliorer, ça ne semble pas si compliqué...
J'ai dormi là-dessus (et bien dormi parce qu'entre le surf et le Yoga, je bavais sur mon oreiller à 21h30). Et là l'illumination...
Tout n'a pas toujours à être optimisé!
Je répète (ce n'est pas facile à lire pour un cerveau habitué à tenter de tout optimiser tout le temps... retour de l'allitération!):
Tout n'a pas toujours à être optimisé!
Je suis admirative de Pedro et sa communion tumultueuse avec l'océan. Mais surtout j'envie sa capacité à ne pas chercher à optimiser sa palette. Parce que finalement, en perdant régulièrement sa palette, chaque pratique est une aventure!
Mon message à emporter: Certes, certaines choses méritent d'être optimisées (sans insister lourdement, le site de réservation Ryanair en est un parfait exemple). Mais d'autres peuvent être appréciées malgré leurs imperfections et même en raison de leurs imperfections.
Au-delà des choses matérielles, même le temps n'a pas à toujours être optimisé.
On a souvent peur de perdre du temps...
Optimiser le temps revient à nous rassurer: nous gagnons du temps. Un temps gagné qu'on doit optimiser sous peine d'avoir peur de perdre du temps. Saperlipopette, ça ressemble fortement à un cercle vicieux.
Dans cette optique, être stressé devient notre configuration par défaut.
Et voilà pourquoi le Yoga me plait tant: c'est un espace de pratique sans attente ni jugement, sans rien à optimiser. Juste un espace où laisser la vie et le temps nous traverser. Pour ensuite amener cette philosophie au-delà du tapis, dans notre monde moderne.

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