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Un livre qui ne donne pas envie de faire du yoga...

Photo du rédacteur: Anyes
Anyes
il y a 2 jours
5 min de lecture
Cette quinzaine, l'article se transforme en Book Club sérieux (Non, je ne vous parle pas des "Yoga Sutras de Patanjali", il s'agit d'un livre qui est sorti le 24 septembre et que j'ai lu en 48h!)
J'ai envie de partager avec vous une lecture qui m'a un peu bousculée en tant que professeur de Yoga.

Dans ma vision, le yoga est un monde préservé puisqu'il répond à des règles de vie dont la première est la bienveillance. J'ai eu la chance de pratiquer avec des enseignants bienveillants (on n'est pas sur du 100% mais nous n'avons pas tous les mêmes sensibilités. Et je n'ai jamais eu d'enseignants réellement malveillants, juste des personnes qui souriaient uniquement les vendredis 13 de pleine lune ce qui, en soi, n'est pas un problème).
Le yoga m'a permis justement de trouver un univers dans lequel je me sens plus stable, ancrée et confiante.

J'avais déjà entendu parler des abus dans le monde du Yoga, à commencer par Bikram Choudhury. C'est le fondateur du Yoga Bikram, pratique qui m'a ouvert les portes du Yoga. Si vous voulez en savoir plus, un documentaire est disponible sur Netflix: "Bikram, Yogi, Guru, Predator".
Mais j'avais l'impression que ce Yogi qui enseignait en slip et en Rolex (oui, vous avez bien lu 😦) était un cas totalement isolé. Puis récemment, au fil des réseaux, plusieurs écoles ont vu leur fondateur accusé de dérives. A chaque fois, une petite claque. Et si le monde du yoga n'était pas si bienveillant?

Puis le livre d'Elodie Emery, "La face cachée du Yoga" est sorti.


"La face cachée du Yoga" d'Elodie Emery


Avant de vous partager ce livre, j'ai vérifié les informations disponibles sur l'auteur que je ne connaissais pas. Élodie Emery est une journaliste d’investigation. Comme dans tout travail journalistique, il est important bien sûr de garder un regard sur les faits établis, les témoignages rapportés et les interprétations de l'autrice.
Son documentaire "Bouddhisme, la loi du silence" a reçu plusieurs prix. Si certaines de ses interprétations sont contestées, plusieurs faits sont en revanche corroborés par des sources indépendantes et fiables.


⚪ En résumé...


Le livre évoque différentes situations dans lesquelles les pratiquants (élèves ou professeurs) se trouvent pris dans des relations où leur confiance est exploitée.

Yoga Sutras patanjali

- Cela peut par exemple passer par l’autorité du professeur ou du maître spirituel. Une personne considérée comme particulièrement sage ou avancée peut inspirer une confiance qui rend difficile la contestation de ses gestes et de ses décisions. Comment dire non à un être qui incarne la perfection spirituelle?
C'est pour cela que je me trompe (exprès bien sûr!) entre ma droite et ma gauche, que je confonds le coude et le genou, que parfois je vous donne les voyelles dans le désordre (à vous de trier!). Pas de risque de passer pour un être parfait 😂!

- La justification de la souffrance: des douleurs, des humiliations ou des pratiques imposées peuvent être présentées comme des étapes nécessaires à la transformation personnelle. Là encore, l'emprise empêche de réagir et de dire non.
Le livre cherche aussi à comprendre comment des violences allant jusqu'à des viols peuvent se produire et perdurer dans un univers qui revendique précisément le respect du corps.


⚪ Une histoire parmi tant d'autres, hélas


J'aurais pu choisir plusieurs passages, mais en voici un que je trouve particulièrement parlant.

👉 Il [le professeur] pouvait exiger que la personne fasse une posture même si elle disait qu'elle ne le pouvait pas: "Quand on vient faire du Yoga, on ne dit pas non à un enseignant, on fait, c'est tout." Il pouvait se mettre en colère, mettre une calotte ou dire à quelqu'un d'arrêter de sourire "niaisement". Et à côté de ces évènements, il riait, était sympa et amical.

Je n'ai pas de mots... (moi qui aie un cerveau ressemblant davantage à la gare Montparnasse des pensées qu'à la gare de Trifouillis-les-oies, ça change!)


⚪ Ma relation avec le Yoga


Je me suis sentie un peu dérangée par ce livre, je l'avoue. C'est un livre qui peut sembler à charge pour le monde du Yoga et indirectement, je me suis sentie attaquée. Tous les fabuleux enseignants que j'ai pu rencontrer sont passés sous silence mais c'est normal, ce n'est pas le sujet du livre!
Je crois qu'en réalité, c'est ma naïveté qui est attaquée: je connais indirectement, via les réseaux, certains des noms et studios cités mais je n'aurais jamais cru de telles actions possibles.

Mais comment réagir?
Certains professeurs abusés qui racontent leur histoire dans le livre ont abandonné l'enseignement, rejetant totalement le milieu du Yoga. Je peux comprendre. Parfois je peux ressentir un rejet du monde du Yoga aussi lorsque je le vois à travers Instagram...

En tant que professeur qui a eu la chance de ne pas graviter dans ce milieu, je pense que mon rôle est de continuer à transmettre avec le plus de respect possible pour la pratique, pour les élèves et pour moi-même. En lisant le livre, on a l'impression que le milieu est gangréné et il est bien sûr impératif d'amputer les parties malsaines, notamment à travers des condamnations judiciaires.

Comme je vous le dis parfois, même avant la lecture du livre: si un professeur vous dit qu'il sait tout, qu'il connaît LE yoga, méfiance...

Mais c'est aussi un milieu où je rencontre un grand nombre de professeurs qui veulent réellement transmettre le yoga de manière saine et respectueuse. Une ribambelle de personnes formidables!



Et nous dansons la gigue tous ensemble !
OK, peut-être pas jusque là (quoique!)... mais je reste persuadée que la majorité des professeurs de Yoga mettent tout leur cœur dans leur enseignement avec humilité. Ce qui rend les dérives encore plus insupportables.

Pour clôturer cette newsletter, je voulais vous expliquer pourquoi je termine mes cours par "Namaste".
Cette pratique est parfois critiquée parce que l'une des traductions est "bonjour" (et en effet, c'est un mot qui peut servir à saluer). Mais "Namasté" signifie aussi "Le même que toi".
En vous disant "Namasté", je vous rappelle qu'un professeur de yoga n'est pas au-dessus de ses élèves. Il chemine souvent lui aussi, cahin-caha (je ne sais pas d'où est sortie cette expression, au moins une décennie que je ne l'ai pas employée...) sur le chemin du Yoga. Selon moi, une transmission verticale fige l'élève tandis qu'une transmission plus horizontale lui donne la liberté d'évoluer. On peut savoir des choses sans les imposer, simplement en les proposant pour que chacun puisse réellement se les approprier.



A présent, je vous donne rendez-vous dans 15 jours pour un nouvel article mais si vous souhaitez le recevoir directement dans votre boite mail, il suffit de s’abonner à ma newsletter.

Yoga Toulon
Merci!

Prenez soin de vous, à très vite! Namaste 🙏😊.
 
 
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